Je suis assise sur une chaise, me débattant dans l'agonie : un démon mineur m'a coincée ici, envahissant mon esprit... "Abraxas, dit-il, je suis Abraxas... le démon du mensonge et de la tromperie."
Que veux tu savoir sur les mensonges ma chérie?
Je ne suis pas une menteuse. J'essaie de réagir, mais...ces temps-ci, je suis écorchée, chamboulée.
Je m'entends crier.
Je vais te parler des mensonges. Il y a les mensonges noirs, les mensonges blancs... et les mensonges dans beaucoup de tons de gris.
Certains mensonges sont justifiés, des mensonges faits par gentillesse. Des mensonges qui préservent la vérité. Je ne me suis rien fait refaire. Quel âge me donnes-tu?
Des mensonges qui épargnent la douleur. 35 ans? Peut-être 40.
Tout le monde est un menteur, chérie. Regarde... elle va mentir de manière patentée à son amante.
Observe leurs gestes, vois comme elles se touchent trop intimement. Comme elles détournent leurs yeux et couvrent leurs bouches.
Elles lèchent leurs dents et se tiennent le menton.
Elles embellissent leurs histoires avec bien trop de détails.
Je tournais cette histoire avec Truffaut et Anouk Aimée. J'avais une grande scène avec son amante dans le film.
Et bien sûr, ce jour là, Anouk vient sur le plateau, mais je ne m'en soucie pas, car je sais exactement comment jouer cette scène. A la fin de la scène, j'ai mon gros plan, et bien sûr, tout ressort. L'émotion apparaît...
Je la repousse, je la reprends, c'est riche, fort, subtil...
A la fin de la prise, Truffaut se tourne vers Anouk et dit :
THAT IS THE WAY YOU SHOULD ACT.